L’après-Grovid

Malgré la richesse de ses gisements hydro-alcooliques, Notre Présipauté, elle aussi, a pâti du satané coronavirus. Il faut dire que les Grolandais sont quasiment tous des personnes à risque, ce qui fait leur force et parfois, donc, leur faiblesse. La canicule ayant en son temps emporté la moitié de notre population, nous n’osons toujours pas faire le bilan de cette pandémie-là. Alors, oui, nous avons dû confiner longtemps, longtemps. Beaucoup plus longtemps que nos voisins Français. Jusqu’à même, chez les plus radicaux d’entre nous, faire l’achat d’écrans plats géants, d’appareils à raclette et de pompes à bière. Jusqu’à confire. Et devenir encore plus à risque.

Quelle hérésie ! Être Grolandais, c’est l’être ensemble ou ne pas l’être. Quelle joie de ressortir enfin. De retrouver l’antique plaisir de se mettre à plein dans une grotte pour admirer une peinture rupestre qui bouge. De lever le nez vers un détail, un acteur, un effet spécial ou même normal, de tendre l’oreille à telle musique, dialogue ou bruit suspect. D’en parler après coup avec d’autres humains amateurs d’émotions collectives. De s’emporter à propos d’un film, de s’engueuler, d’en venir aux mains, de se rabibocher, de pleurer des larmes de vin. Avec des gants et des masques c’est encore plus ridicule mais le ridicule ne nous a jamais fait peur. 

Aujourd’hui nous pouvons mesurer le gros vide qui a failli tous nous emporter. Celui de la solitude. Redevenons cinéphile en grand. En foule. En délire. 

Et que Notre Grande Prêtresse Blanche Gardin soit avec nous !

Benoît Delépine