Festival 2016

ÉDITO : PALÉONTOLOGIE

benoit-delepine

Depuis la fondation du Festival du Film Grolandais il y a maintenant 11 ans par Raymond Défossé (que Dieu dans lequel on ne croit pas n’ait pas son âme) et moi-même, la question revient, sournoise, dans la bouche veule des journalistes non-accrédités non-logés non-nourris : mais « Film Grolandais », ça veut dire quoi au juste ?
Jusque-là ma réponse était parfois fumée, parfois pirouette, toujours poésie. Et puis le mois dernier sont venues les découvertes scientifiques irréfutables que l’on sait. À partir de l’ADN d’un fémur lancé en l’air plus de 6 000 ans avant Judas par une paléo-majorette Grolandaise, une équipe de scientifiques du Muffins Institute a pu décrypter le génome de l’Homo Grolandus avec une précision de dix sur l’échelle de Mengele, et plus tard rendre publique l’incroyable découverte : étonnement, si le Sapiens fut avant tout chasseur-cueilleur, il fût cinéaste côté Grolandais. Tout dans sa double hélice l’atteste : chromosome de la grosse feignasse, base azotée de l’alcoolisme, génome du geignard, glucide du pervers, polymère du lâche, enzyme du voyeur… On s’en doute, un profil aussi redoutable lui valut d’être reclus au fond des cavernes par ses congénères, avec le feu pour seule compagnie. Et que fit donc notre ancêtre boudé ?

Dans un premier temps il se servit des charbons de bois pour se redessiner le monde désormais interdit. Zoophile par passion, il se masturbait en mirant ses oeuvres, comme beaucoup d’autres encore aujourd’hui. Bisons, mammouths, gazelles, les troupeaux galopaient dans les flammes de son imagination. Bien vite, libido aidant, il atteindra une forme de perfection dans son trait, qui lui vaudra l’admiration de ceux-là même qui l’avaient éconduit. Peaufinant son art, millénaire après millénaire, il fera de sa sombre caverne la salle obscure que nous connaissons aujourd’hui. Le dessin s’est fait film, mais le dessein, lui, n’a pas changé : attirer l’autre au fond du trou. L’assommer. Et si possible le bourrer de son gros corps caverneux. C’est donc cela le vrai cinéma Grolandais. Un cinéma sauvage. Primitif. Pour tout dire indicible. Qui fait si peur qu’on en rit.

Après une telle révélation, je vous souhaite à tous de belles projections.

Benoît Delépine.

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